« Lutter pour l’humanité » : le seuil de 1,5 °C sera franchi, mais pour combien de temps ?


Crédit photo : © 2026 D.R.

Le seuil de 1,5 °C de réchauffement devrait être franchi dans les prochaines années, prévient un nouveau rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement. Mais il reste possible de ramener les températures sous cette limite d’ici à la fin du siècle, à condition de réduire rapidement les émissions et de limiter autant que possible l’ampleur et la durée du dépassement.

Les records de chaleur qui se succèdent ne sont plus seulement le signe d’un climat qui se dérègle. Ils annoncent un monde qui s’approche dangereusement de la limite que la communauté internationale s’était engagée, il y a 11 ans, à ne pas franchir durablement.

Dans un nouveau rapport, l e Programme des Nations Unies pour l’environnement ( PNUE ) prévient que le réchauffement de la planète devrait dépasser 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle dans les prochaines années . Ce seuil, au cœur de l’ accord de Paris conclu en 2015 , demeure pourtant essentiel pour contenir les conséquences les plus graves du changement climatique.

« La lutte pour 1,5 °C est la lutte pour l’humanité », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres. « Nous sommes en passe de dépasser la limite de 1,5 °C dans les prochaines années. »

Le constat intervient après des mois marqués par une chaleur extrême dans l’hémisphère Nord, des incendies de forêt et des inondations meurtrières. Pour le chef de l’ONU, ces catastrophes donnent un aperçu des conséquences d’un réchauffement qui continuerait de s’intensifier. 

Un dépassement dont chaque fraction compte

Le franchissement de 1,5 °C ne constitue toutefois pas une frontière après laquelle toute action deviendrait vaine. L’enjeu, souligne le PNUE, est désormais d’empêcher que ce dépassement ne s’installe : plus il sera important et prolongé, plus les dommages seront lourds et certains changements difficiles, voire impossibles, à inverser.

« Chaque fraction de degré coûtera des vies, détruira des moyens de subsistance, aggravera les inégalités et poussera les écosystèmes vers des dommages irréversibles », a averti António Guterres. « L’humanité dépasse à toute vitesse la limite à ne pas franchir pour éviter une catastrophe climatique ».

Au-delà de 1,5 °C, les risques augmentent avec chaque fraction de degré supplémentaire : multiplication et intensification des phénomènes météorologiques extrêmes, destruction d’écosystèmes, menaces sur la santé, l’alimentation et l’approvisionnement en eau, mais aussi exposition accrue des villes côtières et des petits Etats insulaires à la montée des eaux.

Plus le réchauffement sera important et durable, plus augmentera également le risque de franchir des points de basculement susceptibles de provoquer des transformations irréversibles, notamment la déstabilisation des grandes calottes glaciaires ou la dégradation de la forêt amazonienne.

« Partout dans le monde, les vagues de chaleur extrêmes prouvent déjà que les effets du changement climatique se manifesteront plus rapidement, frapperont plus fort et dureront plus longtemps, coûtant davantage de vies et provoquant des perturbations plus graves », a déclaré la directrice exécutive du PNUE, Inger Andersen

Réduire l’ampleur et la durée du dépassement

Le rapport  ne présente pourtant pas le franchissement de 1,5 °C comme une fatalité définitive . Selon le PNUE, une réduction suffisamment rapide des émissions permettrait encore d’inverser, à terme, la tendance .

« Nous pouvons encore ramener le réchauffement en dessous de 1,5 °C d’ici la fin du siècle », a assuré M. Guterres. « Nous devons faire en sorte que ce dépassement soit aussi faible et aussi court que possible, en limitant l’ampleur de la hausse des températures et la durée pendant laquelle elles resteront au-dessus de 1,5 °C ».

Pour y parvenir, l’ONU appelle à accélérer la sortie progressive des combustibles fossiles et le déploiement des énergies renouvelables, à réduire fortement les émissions de méthane et à mieux protéger les forêts, les terres et les océans .

Le PNUE insiste également sur la nécessité de mener de front réduction des émissions et adaptation. Même dans le scénario d’un retour sous 1,5 °C, une partie des conséquences du réchauffement devra être absorbée par des sociétés déjà exposées à des chaleurs, sécheresses, inondations ou pénuries d’eau plus fréquentes.

Les engagements actuels restent cependant insuffisants. L’ONU appelle les gouvernements à renforcer leurs plans climatiques nationaux et leurs objectifs de neutralité carbone, tandis que les pays développés sont exhortés à tripler les financements consacrés à l’adaptation et à faire en sorte qu’ils atteignent effectivement les populations les plus vulnérables .

Le rapport souligne enfin que les responsabilités ne sont pas réparties également : les pays qui ont historiquement le plus contribué au changement climatique doivent réduire leurs émissions plus rapidement et afficher les objectifs les plus ambitieux.

« Les données scientifiques sont claires », a conclu António Guterres. « Les solutions sont à portée de main, et le monde n’a jamais été aussi bien armé pour les mettre en œuvre. L’heure est venue de relever le niveau d’ambition et d’accélérer l’action. »